L’école de la vie
le 15 octobre 2007L’école de la vie
André Lagassé s’est donné une mission : enseigner la lecture aux enfants dans un des pays les plus pauvres de la planète. Par Maureen Johnson
André Lagassé descend de son véhicule dans la chaleur suffocante du Mali, en Afrique de l’Ouest. Plus de 1600 jeunes l’accueillent comme une rockstar avec des chants scandés et des signes de la main. André s’avance dans la foule, serrant la main des enfants et chantant avec eux.
Lagassé, une rockstar ? Loin de là. C’est un excommissaire adjoint de la GRC , ujourd’hui retraité à Ottawa. Alors pourquoi tant de fièvre ? Pour des livres, croyez-le ou
non ! Des livres de bibliothèque donnés par CODE, un organisme canadien qui contribue à l’alphabétisation des enfants du primaire dans les pays en développement.
Devant leur école, les 1600 enfants scandent « Ma-li ! Ca-na-da ! » André Lagassé commente : « I ls sont tellement animés – on peut lire la joie dans leurs visages. C’est l’extase quand on se joint à la foule. »
Cet accueil enthousiaste, on le comprend quand on sait combien les livres sont rares et quel impact CODE arrive à produire. « Le besoin est tellement grand », explique André.
« J’ai visité une école où il n’y avait qu’un enseignant par classe de 80 à 100 enfants, et jamais moins de 75. Les salles sont étouffantes, l’éclairage est faible : difficile d’apprendre dans ces conditions ! Au Canada, on se plaint s’il y a plus de 25 élèves par classe ! La plupart des écoles et des bibliothèques n’ont pas l’électricité. Elles n’ont donc
pas d’ordinateurs, et la lecture se fait seulement à la lumière du jour. »
Les écoles publiques du Mali ne demandent pas de droits de scolarité, explique André. Théoriquement, l’éducation est obligatoire de sept à seize ans. En fait, le vrai taux
d’inscription est faible parce que les familles n’ont pas d’argent pour les livres, le matériel et les autres dépenses. La plupart des élèves quittent l’école avant l’âge de 12 ans. Il n’y a pas assez d’écoles dans les régions rurales, ni assez d’enseignants et de matériel.
André a passé 35 ans dans la GRC et 6 ans comme directeur de la formation à Ambulance Saint-Jean. Il s’est porté volontaire pour aider CODE à Ottawa, d’abord comme organisateur d’une soirée de financement, pour être ensuite « promu » au poste de poseur de lumières sur l’arbre de Noël extérieur. De fil en aiguille, il a fini par occuper un poste au « C abinet » de CODE , un petit groupe d’« ambassadeurs » qui ont entrepris de recueillir des milliers de dollars pour promouvoir l’alphabétisation des enfants dans des pays en développement pour les cinq prochaines années.
Le groupe s’attache à remplir les bibliothèques locales (habituellement situées dans une école) et à former les enseignants. Le milieu fournit la structure et le personnel de la bibliothèque tandis que CODE fournit les livres, le mobilier et la formation. « O n ne soulignera jamais assez l’importance de l’alphabétisation dans les pays en éveloppement, insiste André. Elle mène à une vie meilleure. Quand les gens savent
écrire et lire, ils ont de meilleures chances d’accroître leurs revenus. Quand ils ont plus d’argent, ils peuvent mieux se protéger [contre les épidémies]. » Selon l’UNESCO , le potentiel de revenu à l’âge adulte augmente de 10 % à 20 % pour chaque année de scolarité.
Le Mali, situé en bordure du Sahara, est l’un des pays les plus pauvres. Il arrive au 175e rang de 177 pays au classement de la qualité de vie établi par l’ONU en 2006. L’espérance de vie est de 45 ans, et le taux de mortalité infantile est parmi les pires de la planète dans ce pays où 47 % des habitants ont moins de quinze ans. Le taux
d’alphabétisation des adultes en général se trouve autour de 30 % et celui des femmes est de 12 %.
CODE collabore avec sa partenaire malienne, l’Association pour la lecture, l’éducation et le développement (ALED ), depuis la création de celle-ci en 1997. Des programmes
touchant plus de 29 000 élèves dans la région de Ségou fournissent des livres et du mobilier aux bibliothèques, forment les enseignants et font découvrir le plaisir de lire
par des semaines de lecture.
Dans l’une des écoles, André Lagassé et Jeff Gilmour, un avocat de Calgary, bénévole de CODE et consul honorifique du Mali en Alberta, ont distribué des trousses du Projet Amouravec l’agent de programme de CODE , Willy Rangira.
Chaque trousse contient un crayon, une gomme à effacer, une règle et un cahier d’exercices, de même qu’un message d’un enfant canadien. Ces trousses sont assemblées dans des écoles canadiennes, habituellement le jour de la Saint-Valentin, et CODE les distribue aux écoles de divers pays en développement.
Le Projet Amour de CODE a commencé à l’initiative d’un groupe de bénévoles de London (Ontario), qui recueillaient des fournitures scolaires pour les écoles de la Dominique. Il
s’est répété chaque année depuis 1987 et s’est répandu dans les écoles de toutes les provinces et de tous les territoires. Les visiteurs de CODE ont aussi distribué des crayons du Canada, des tee-shirts comme prix pour les concours de lecture et des boîtes de craies pour les enseignants. « On pouvait lire le ravissement dans le regard des enseignants uisque la craie est difficile à obtenir », raconte André. Dans une autre école, les visiteurs de CODE ont assisté à l’inauguration d’une bibliothèque.
C’est une autre scène inoubliable à jamais, rappelle André. Plus de 1000 élèves se tenaient à l’entrée de l’école en scandant le mot « C a-na-da ! » et en agitant les mains.
Un grand nombre de parents, de politiciens et de dignitaires des commissions scolaires et des autres régions ont assisté à cette cérémonie très bien organisée. De nombreux
discours ont souligné l’importance de l’alphabétisation et le rôle crucial de CODE au Mali.
André a été impressionné par la saine gestion des écoles. Les classes bondées, en revanche, l’ont consterné : trois enfants ou plus occupent un même pupitre et doivent
partager les mêmes livres. Derrière l’une des écoles visitées, parents et élèves cultivent et vendent des légumes pour subvenir en partie aux besoins de l’établissement, raconte-t-il.
André Lagassé n’est pas un nouveau venu dans le monde du bénévolat. Modeste, il travaille en coulisse et a la réputation de s’atteler à de lourdes tâches. Il a été bénévole et membre du conseil de l’Ottawa RegionalCancer Foundation ; il a dirigé la course et la randonnée contre le cancer de la prostate Faites-le pour Papa de la Caisse Alterna et il a collaboré avec Motorcycle Ride for Dad, un autre événement contre ce même cancer.
André est déterminé à réaliser son nouvel objectif : recueillir des fonds pour d’autres bibliothèques maliennes parrainées par CODE. « Je veux y retourner dans quelques
années pour constater les progrès, annonce-t-il. Cette visite très réussie nous a montré que CODE rend d’énormes services aux Maliens, et ces derniers nous l’ont bien confirmé.
Enseignants, parents, dignitaires et politiciens ne tarissaient pas d’éloges sur CODE.
« Mais les bibliothèques manquent cruellement, et des administrateurs scolaires locaux nous ont implorés d’ouvrir des bibliothèques dans leurs écoles », conclut André Lagassé.





